Historique

Dans les dernières décennies du siècle passé, un groupe de fifres et tambours existe déjà à Genève. Mais, pour des raisons obscures, les élèves de M. Claude Drillon, professeur de flûte, ont peine à se faire admettre au sein de cette formation. Les parents de ces jeunes garçons prennent alors les choses en mains.
Ils se réunissent une première fois dans un café de la rue de la Croix-d’Or, en novembre 1891 et se constituent en association pour assurer la prise en charge de la trentaine d’élèves que compte la classe de MN. Drillon. A cet effectif viennent bientôt s’ajouter de nombreuses recrues.

theodore_olivier

Théodore Olivier est élu président et Claude Drillon est tout naturellement nommé chef de musique.

Son groupe de jeunes musiciens n’a pas encore d’appellation. Avec un chapeau de paille pour signe distinctif, il fait une première apparition. Mais on se préoccupe déjà de le doter d’un costume. Dans ce but, chaque membre de la nouvelle association est tenu de souscrire au moins à deux actions au porteur d’une valeur de 10 francs, remboursables par tirage au sort annuel. Une seconde assemblée décide de l’appellation “Ondine genevoise”. Et les jeunes instrumentistes arboreront de ce fait en tout bonne logique un costume de marin.

Un an environ après s’être constituée en association, l’Ondine genevoise est déjà en mesure de donner son premier concert public. L’événement a lieu à Genève le 13 décembre 1892.

Les annales gardent le souvenir d’un public nombreux et chaleureux. Les Genevois réservent aux petits musiciens un accueil des plus flatteurs. Le public a droit à un programme excessivement chargé et aux goûts de l’époque : morceaux de fifres et tambours, soigneusement mis au point par Claude Drillon, alternent avec des productions variées d’amateurs et d’artistes divers.

claude_drillon

Les documents de ce temps laissent à penser que la conduite de l’Ondine genevoise est essentiellement une affaire d’hommes; les dames n’en sont pas moins actives et ce sont elles qui, lors de cette prestation publique inaugurale, offrent son premier drapeau au nouveau corps de musique. Ce dernier, précisons-le, ne comporte encore que des fifres et tambours; ultérieurement, il sera complété par un corps d’harmonie.

L’activité de l’Ondine Genevoise, par sa méthode d’enseignement musical et sa qualité d’école de musique reconnue par les Autorités, peut être considérée comme une institution d’utilité publique. Son rôle en ce sens va même plus loin, notamment dans le domaine de la solidarité humaine.

Sa participation, en 1916, au sauvetage des blessés de la Grande-Guerre, lui a valu son inscription à vie comme membre corporatif de la Croix-Rouge genevoise. Le produit d’un festival organisé par l’Ondine Genevoise permit l’installation complète d’un wagon sanitaire, plus un don important en espèce au profit d’une oeuvre en faveur des grands blessés.

Durant la dernière Guerre Mondiale, par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, nous avons pu offrir des séjours en Suisse à des petits Cannois. La paix revenue, la Ville de Cannes nous a remerciés et nous remercie toujours par un envoi annuel de mimosa que nous vendons à des fins humanitaires…
L’Ondine Genevoise participe traditionnellement à cette vente du mimosa.

Actuellement, notre académie de Musique compte une centaine d’élèves de 4 à 25 ans. Notre formation,  composée d’un Corps de Tambours et d’une harmonie  d’une quarantaine de musiciens et musiciennes, peut se produire dans différents registres :

  • en concert de Gala avec un très large éventail musical
  • en aubade, toujours appréciée du public sur une place
  • en défilé dans les rues où notre succès n’est plus à prouver.

Dès ses débuts, l’Ondine genevoise se produit avec succès en Suisse et hors de nos frontières, en Europe, en Amérique, au Japon.

Notre uniforme, habit d’officier de la marine pour les plus grands et « mousse » avec bérêt pour les plus jeunes, fait toujours l’admiration des spectateurs.

 Étymologie

Il est peut-être intéressant pour ceux de nos lecteurs qui l’ignorent de savoir d’où vient le mot Ondin. Ce nom a été donné par les peuplades du Nord à des génies qui habitent les profondeurs des lacs, des fleuves et de l’océan.

Les Orcades prirent les bois,
les Ondins prirent les eaux,
les Gnomes prirent les dedans de la terre.

Les Ondins sont des génies de création moderne imaginés par les Cabalistes.

Ils sont analogues aux Naïades des Grecs et aux Tritons des Anciens.

Les Ondins et les Ondines appartiennent aux mythologies germaniques et scandinaves, qui les ont revêtus d’une vaporeuse poésie, mais ce sont surtout les Ondines que de gracieuses légendes ont rendues populaires.

Les Ondines ont une chevelure glauque, verte, qu’elles viennent coquettement peigner à la surface des eaux. Elles sont toujours jolies et malicieuses et cruelles quelquefois.
Elles se plaisent à attirer près d’elles le pêcheur ou le beau chevalier qui passe près du lac, elles les enlèvent et les transportent au fond de leur palais de cristal où les jours passent aussi rapides que les minutes.

Quand l’heureux favori de ces fées aquatiques revient dans le monde des vivants, il est tout étonné de reconnaître par les chemins, les arrières neveux de ceux qu’il a connus autrefois et tout le monde rit de ses habits à la mode du siècle passé.

Les légendes scandinaves sont plus sobres et plus passionnées, le beau jeune homme entraîné par les Ondines au fond des eaux ne revoit pas le jour.

C’est sans doute d’une de ces légendes dont s’est inspiré Théophile Gauthier dans une de ses plus jolies poésies « L’Ondine et le Pécheur».

Lors de la fondation de notre Société, un des gros soucis des organisateurs dans la rédaction de leur programme, a été de donner un nom à leur œuvre.

Après bien des propositions et après bien des discussions, l’assemblée du 21 novembre 1894 s’est arrêtée à celui de « Ondine Genevoise» pour l’ensemble du corps et au nom de « Ondin » pour tout élève portant le costume.

Ce titre et ce nom assimilent nos jeunes musiciens aux petits génies des eaux que les poètes font chanter dans les calmes profondeurs des lacs, courir sur l’aile de zéphyrs à travers les roseaux et les bruines, sous la direction d’Orphée, leur gracieuse reine.

Nous nous efforcerons de régler leur juvénile ardeur et de les rendre dignes du beau lac auquel ils appartiennent.

Le gracieux costume qu’ils portent, ainsi que le béret avec le titre « Ondine » et le cordon rappelant les. couleurs genevoises, est bien le type qui s’approprie le mieux à ces petits génies.